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L'intoxication par les cyanobactéries

Depuis 2005, le nombre de décès de chiens liés aux intoxications par les cyanobactéries ne cesse d'augmenter. De plus en plus de régions de France sont concernées par la prolifération de ces microorganismes devenue un enjeu de santé publique. Quels sont les risques ? Comment les reconnaître ? Quelles précautions prendre pour garder votre chien en sécurité ?

DMV Perrine Hébert

7/26/202511 min read

I. Qu'est-ce que les cyanobactéries ?

  1. Une source de vie

Les cyanobactéries sont des microorganismes datant d’environ 2,5 à 3 milliards d’années, regroupant plus de 2000 espèces dont certaines constituent en partie le phytoplancton, responsable de l’oxygénation des océans et de l’atmosphère pour moitié (l’autre moitié étant produite par les plantes) grâce au procédé de photosynthèse. Ce phytoplancton est une source de nourriture primordiale pour de nombreux organismes aquatiques, dont le zooplancton, ce qui régule sa croissance.

Ces bactéries dont le nom provient de « cyan » = bleu, sont parfois aussi appelées algues bleues de façon abusive. Elles ont la capacité de coloniser tous les milieux aquatiques : eaux marines, saumâtres ou douces, mais aussi certains milieux terrestres humides (roche, glace, sable).

Toutes les cyanobactéries ne sont pas pathogènes, certaines ont même de grandes vertus comme la spiruline (cyanobactérie du genre Limnospira), riches en protéines, en antioxydants et bonne source de fer.

D'autres cyanobactéries produisent des molécules bioactives qui ont servi à l’élaboration de traitements anti-cancéreux.

espèce Planktothrix. Source photo: Microbia environnement

A RETENIR

Les cyanotoxines sont généralement libérées au moment de la mort de la bactérie, mais peuvent persister des mois après la disparition de celles-ci.

L'absence de traces visibles de leur présence n'est donc pas un gage de sécurité!

Mais parmi ces nombreuses espèces à l'origine de la vie sur Terre, une minorité, 80 espèces environ recensées à ce jour, est en mesure de produire des toxines regroupées sous le nom de cyanotoxines. Ce sont ces toxines qui sont susceptibles d'entraîner de graves symptômes pouvant aller jusqu’à la mort de l’individu. Ces toxines sont libérées essentiellement lors de la mort de la bactérie.

Toutes les espèces sont concernées, l'humain, la faune sauvage et les troupeaux qui viennent s'abreuver dans des points d'eau contaminée, ainsi que la faune aquatique, qui privée d'oxygène par la biomasse se développant au côté des cyanobactéries, meurt d'anoxie.

La présence de ces toxines est aujourd'hui considérée comme un marqueur de stress des écosystèmes et la surveillance de la contamination des points d'eau devient un enjeu mondial. En effet, si la France voit ses cours d'eau interdits de baignade et autres activités récréatives (canyoning, paddle, canoë, etc) ayant pour principales conséquences, des répercussions économiques du secteur touristique, pour certaines zones du monde, notamment en afrique, l'enjeu est vital quand il s'agit d'accéder à de l'eau propre à la consommation humaine. D'autant que les cyanotoxines résistent même à l'ébullition ou à la filtration, et peuvent persister plusieurs semaines à plusieurs mois après la mort des microorganismes qui les produisent.

  1. Mais aussi un danger potentiellement mortel

Contrairement aux idées reçues, les cyanobactéries toxinogènes se trouvent potentiellement dans toutes les eaux: les eaux marines, les eaux douces calmes, à renouvellement lent, comme les lacs, les étangs, les mares, mais aussi dans les eaux courantes comme des rivières ou de grands fleuves avec plus de courant, comme par exemple, le Tarn, la Loire et nombre de ses affluents, en période d’étiage (baisse périodique des eaux). Même les petites retenues d'eau comme des flaques, des aquariums, ou des abreuvoirs d'animaux peuvent être concernés.

Au-delà de la production de toxines, la dangerosité des cyanobactéries est liée à leur prolifération. Cette prolifération est favorisée par les longues périodes de sécheresse qui abaisse le niveau de l'eau et en augmente la température, ainsi que la luminosité et l'ensoleillement direct de la surface de l'eau (les cyanobactéries ont besoin de lumière), ainsi que la disponibilité en nutriments (phosphore principalement, mais aussi l'azote).

En effet, ces proliférations découlent en partie du réchauffement climatique, ainsi que de l'eutrophisation des sols, c'est-à-dire un apport excessif en nutriments tels que le phosphore et l’azote, elle-même liée aux activités humaines:

  • Fertilisation des sols par les activités agricoles avec l’apport d’engrais azotés,

  • Résidus de lessives contenant des phosphates,

  • Traitements insuffisants des eaux usées,

  • Création de zones de déversoir d'orage comme cela a pu être le cas pour le lac du Bourget auparavant,

  • L'érosion et le lessivage des sols lors de fortes pluies.

C'est pourquoi, la période la plus à risque pour les intoxications par les cyanobactéries, s'étend de mai à octobre, avec un pic à la fin de l'été et au début de l'automne, quand les niveaux d'eau sont au plus bas. En revanche, elles peuvent parfois persister toute l'année quand les conditions le permettent, comme dans certains départements d'outre-mer.

Les principales contaminations se font par ingestion ou contact avec une eau contenant des cyanotoxines, ou inhalation d'aérosols, notamment en zone maritime avec le mouvement des vagues et le vent. Les chiens sont particulièrements représentés car ils ont tendance à avaler de l'eau lorsqu'ils se baignent, et à prendre en gueule des éléments contaminés comme des cailloux, des morceaux de bois noyés, etc. Mais les enfants sont également très à risque car manipulent des éléments potentiellement contaminés au sol, mettent les mains à la bouche, ou ingèrent plus d'eau lors d'activités récréatives.

  1. Les zones à risques

II. Comment les reconnaître les cyanobactéries dangereuses ?

Un autre indice précieux qui témoigne de leur présence est une odeur de vase, de poisson avarié ou de terre mouillée liée à une substance que les cyanobactéries libèrent au moment de leur mort.

Mais malheureusement, l'absence de traces visuelles ou olfactives ne garantit pas une eau saine. Seules des analyses de laboratoires récentes avec des méthodes de prélèvement rigoureuses et exhaustives le permettent. Et malgré cela, la situation peut évoluer très vite, car si les bonnes conditions sont réunies, une colonie de cyanobactéries peut doubler sa population en quelques jours. Il est donc primordial, lorsque des analyses ont mis en évidence la présence de cyanobactéries, que le seuil de toxines soit réévalué régulièrement pour suivre son évolution et donc sa dangerosité.

Les cyanobactéries peuvent se développer aussi bien dans l'eau salée que dans l'eau douce, qu'elle soit stagnante ou courante, qu'elle soit profonde ou non. Les formes benthiques, moins connues, contiennent souvent des neurotoxines mortelles. C'est cette forme qui a été retrouvée dans l'Ain durant l'été 2025,et qui est responsable du décès d'au moins un chien à côté de chez nous.

Les cyanobactéries benthiques, elles, se retrouvent dans des points d'eau où il peut y avoir plus de courant, et colonisent des substrats présents sur le fond, comme des roches, des plantes aquatiques, des morceaux de bois ou sédiments divers, en s'associant à d'autres microorganismes pour former un biofilm de couleur foncée, presque noire.

Ces biofilms sont parfois arrachés à leur support par le courant, et transportés vers les rivages sous forme de flocs. Ces proliférations, nauséabondes et visqueuses, ont tendance à être appréciés par les chiens qui sont sont attirés par leur odeur, et sont capables de les ingérer. Malheureusement, les formes benthiques contiennent le plus souvent des cyanotoxines redoutables s'attaquant au système nerveux et entraînent très rapidement des symptômes extrêmement graves, souvent mortels.

Il existe deux présentations de proliférations de cyanobactéries:

Les cyanobactéries planctoniques qui sont en suspension dans la colonne d'eau ou la surface, grâce à leur capacité à flotter. Elles s'organisent en efflorescence (bloom en anglais) contenant plusieurs dizaines de milliers de cellules différentes. Ce type de prolifération donne à l'eau une couleur bleu-vert irisée, l'eau peut paraître mousseuse ou légèrement gluante.

  1. Les différentes présentations de prolifération

Attention, tout ce qui flotte à la surface de l'eau n'est pas une prolifération de cyanobactéries non plus. Voici trois exemples d'autres éléments avec lesquels elles peuvent être confondues.

Cependant, algues, lentilles d'eau et cyanobactéries peuvent coexister dans la même étendue d'eau car leurs besoins pour se développer sont assez similaires. La prudence est donc de mise.

  1. Les confusions possibles

De plus, si les cas d'intoxication aigüe sont désormais un peu mieux connus du public, il existe aussi des formes d'intoxication chronique, par exposition répétée, qui peuvent conduire une atteinte hépatique par exemple.

Malgré la répartition dans ces trois groupes, les cyanotoxines peuvent également avoir des répercussions sur le système reproducteur, ou encore les reins, provoquant des défaillances organiques ou favorisant le développement de certains cancers.

Lors d'intoxication, les signes cliniques sont dépendants du type de toxines auquel le chien a été exposé, ainsi que de leur quantité. Les principales cyanotoxines surveillées à l'heure actuelle sont classées selon les organes qu'elles ciblent. On retrouve ainsi:

  • les neurotoxines s’attaquant au système nerveux telles que les anatoxines, et les saxitoxines,

  • les hépatotoxines (toxiques pour le foie) comme les cylindrispermopsines, les microcystines, et les nodularines,

  • les dermatotoxines essentiellement produites par des cyanobactéries marines.

Attention, une espèce de cyanobactérie peut produire plusieurs types de toxines. Et plusieurs espèces de cyanobactéries peuvent coexister au sein d'une même prolifération.

III. Quels sont les signes d'une intoxication ?

Si votre chien a ingéré de l'eau ou été en contact avec des éléments contaminés (flocs, batons ou cailloux recouverts de biofilm) mais qu'il ne présente pas encore de signes cliniques, l'urgence absolue est de le faire vomir pour empêcher l'absorption des cyanotoxines avant même d'envisager une décontamination cutanée.

Contactez la clinique vétérinaire la plus proche et emmenez-y votre animal.

Si vous pensez que votre chien a été exposé au niveau cutané la chose à plus rapide à mettre en oeuvre est de le rincer à l'eau claire avec des équipements de protection (gants, tablier, lunettes de protection)

  1. En l'absence de signes cliniques

IV. Que faire si mon chien a été exposé ?

En revanche, si votre chien a vomi avant l'arrivée en clinique, il est conseillé de ramasser le contenu de l'estomac en vous protégeant pour une éventuellement future analyse en laboratoire, qui elle permettrait la mise en évidence des cyanobactéries et cyanotoxines impliquées (parfois de façon post mortem malheureusement).

Les analyses de sang de routine ne permettant pas d'identifier ou de mettre en évidence les cyanotoxines, la suspicion est avant tout basée sur l'apparition brutale de signes cliniques après avoir fréquenté un milieu à risque. Toutefois, les analyses de sang, souvent très modifiées (paramètres hépatiques, rénaux, coagulation, glycémie) sont nécessaires pour adapter la prise en charge médicale en clinique.

Il n'existe pas d'antidote spécifique pour les cyanotoxines. Aussi, une fois les symptômes déclarés, le pronostic est malheureusement très sombre: Selon la nature de cyanotoxines et la quantité à laquelle votre animal a été exposé, le décès peut survenir en quelques minutes à quelques jours malgré une prise en charge rapide et des mesures médicales de soutien de l'organisme agressives.

Si votre chien présente des signes neurologiques suite à une baignade (perte d'équilibre, tremblements, paralysie, hypersalivation, convulsions) ou des signes digestifs d'apparition aiguë (vomissements, diarrhée, selles noires ou présence de sang en nature), rendez vous immédiatement chez le vétérinaire le plus proche.

  1. En présence de signes cliniques

Donc si un rapport d'analyse mentionne la présence de cyanobactéries, même en petite quantité, ne laissez pas votre chien approcher !

Actuellement, aucun seuil n'a été établi pour l'espèce canine, mais les symptômes semblent pouvoir se déclarer avec des seuils bien plus bas que pour l'humain (plus petite surface corporelle, souvent ingestion d'eau alors que dans notre cas, il s'agit de contacts cutanés ou d'aérosols sur les muqueuses (yeux, nez, bouche), ce qui limite aussi certainement la quantité de cyanotoxines)

En cas de présence avérée indiquant un seuil tolérable pour les humains, cela ne suffit pas à garantir l'innocuité pour votre chien !

  1. Si les cyanobactéries ont bien été testées (il est facile de conclure à une bonne qualité d'eau de baignade quand elles n'ont pas été recherchées!)

  • Renseignez-vous en amont de votre promenade sur la qualité de l'eau sur le site baignades.sante.gouv et lisez attentivement les rapports d'analyse pour savoir

Vous l'aurez compris étant donné les faibles chances de survie, la meilleure des préventions face aux cyanobactéries reste l'absence de contact avec ces dernières!

V. Les précautions à observer

Malgré toutes ces précautions, le risque zéro n'existe pas en cas de baignade. Vous pouvez donc aussi choisir des itinéraires de balade sans point d'eau en emportant une gourde pour abreuver votre chien en évitant les heures les plus chaudes de la journée en été, ou encore aménager pour lui un petit bassin dans lequel vous renouvellerez l'eau régulièrement s'il aime se baigner.

  1. La date du dernier contrôle de qualité: En effet, si les conditions climatiques sont réunies, une population de cyanobactéries peut doubler en quelques heures !

Prêtez particulièrement attention aux périodes de forte luminosité associées à des hausses de température, et la survenue d'orages ou de fortes pluies qui ont tendances à lessiver les sols et concentrer les nutriments nécessaires à la croissance des cyanobactéries dans les plans d'eau.

  • Fiez-vous à vos sens : Observez la surface de l'eau et repérez d'éventuelles nappes de couleur pouvant évoquer la présence d'efflorescence de cyanobactéries, si vous sentez une forte odeur de poisson ou d'eaux usées, évitez la baignade, si vous remarquez de la petite faune sauvage morte aux abords d'un plan d'eau, évitez-le absolument.

  • Consultez des pages recensant les zones à risques comme cyanobactéries alerte qui est une association tenant remarquablement à jour une carte de france avec les points d'eau contaminés et effectuant ses propres analyses.

Article rédigé et documenté par le DMV Perrine Hébert

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